Voyage de Belles-Lettres à Istanbul

Voyage de Belles-Lettres à Istanbul
Nous transcrivons d’un manuscrit ayant échappé à la destruction morale de Constantinople, 556 ans après sa prise par les Turcs, 177 ans après la fondation de Belles-Lettres.

par  Sam-le-aux-Bites

Voyage de Belles-Lettres à Istanbul

23 avril – 28 avril 177 (2009)

La tradition rapporte la présence de ces Messieurs de Neuchâtel Gode-Nichon, Veau-Mytho, Sarkozy, Gr!Ospel, Fritte-Sel, Eramasma…, Boat-Picole, Pisse-Gode, Geek-la-Tuile et du Sieur Chroniqueur Sam-le-aux-Bites.

 

Jour 0 : Où l’on découvre comment les Bellettriens se mirent en route et retrouvèrent Pisse-Gode et comment fut chantée la messe la plus haute et la plus basse de notre histoire.

Les fiers bellettriens, se retrouvèrent pour un trop bref apéro au local à 17h, l’Heure Verte, avant de sauter dans un train pour l’aéroport de Bâle. Là-bas, ils retrouvèrent Pisse-Gode, vêtu d’un short tyrolien à fleur, portant ray-ban et chope et revenu expressément de son ambassade à Berlin. Soucieux de faire honneur à la culture occidentale une dernière fois, avant de découvrir l’Orient lointain, les bellettriens dévastèrent le Burger King. Quelques litrons de Blanc furent de même éclusés en attendant que les douaniers aient terminé leur fouille fort approfondie du Geek, soupçonné d’exportations illicites.

L’aéronef se chargea bientôt d’un tas groupé de quelques dix Bellettriens qui, à Minuit Tapante (un méridien après Greenwich en tout cas) ont probablement chanté la Messe tout à la fois la plus haute (21'000 pieds) et la plus basse (4 dB) de l’Histoire de Belles-Lettres ! Arrivée à 3h à Schtammeboules, ils attendirent le chauffeur de l’auberge, s’enorgueillissant d’avoir les pieds sur le continent asiatique. Puis il s’ensuivit quarante-cinq minutes de bus bringuebalant sur une autoroute douteuse en compagnie d’une touriste anglaise laide, frigide et probablement évangéliste… « Où nous emmène-t-il ? Vont-ils vendre Fritte-Sel à des trafiquants d’enfants comme goûteur ? » Telles étaient les questions que se posaient les braves jeunes gens. Mais que le lecteur se rassure, la noble compagnie parvint à son auberge peu avant quatre heures du matin. Rendus à cet endroit, le brave et confiant tenancier refusa de nous laisser entrer sans avoir vu nos passeports d’abord. Après paiement de la douloureuse, nous nous répartîmes en deux chambrées : Pisse-Gode, Veau-Mytho, Le Godichonos et Sam-le-aux-Bites, votre serviteur, en-bas, les autres s’entassèrent en-haut. Pisse-Gode eut rapidement des doutes quant à la tache brunâtre qui ornait sa couverture mais s’endormit tout de même.

 

Jour I : Où l’on découvre comment les Bellettriens se cultivent au contact de monuments, échappent à des enfants drogués au White Spirit et apprécient la culture locale.

Ayant dormi en couleurs, votre serviteur se réveilla avec un bras en moins. Malgré cela le bilan de la nuit s’avéra plutôt positif car on craignait que certains ne se pendissent. Ils furent un peu plus déconfit en découvrant l’étrange tradition de jeter le papier toilette dans la poubelle après son utilisation. Enfin, n’écoutant que leurs estomacs, les bellettriens partirent ensuite à l’assaut du petit café qui leur servirait le petit-déjeuner… Séparés en plusieurs groupes, ils parvinrent néanmoins tous à destination, presque surpris de retrouver leurs frères de couleur attablés dans le même restaurant. Ce furent leurs premiers pas dans les rues animées d’Istanbul ! Le quartier s’appelait Sultanahmet, sur la rive sud du Galata, en-dessous de la Sultanahmet camii, la Mosquée bleue. Départ ensuite pour la basilique usurpée en mosquée, Sainte-Sophie alias Ayasofya, autrefois temple de la Sagesse. Ceux qui avaient accompli leurs Antiquités s’émerveillèrent des vestiges de Byzance, les autres, tel le Geek, moins. Ajoutons que le guide semi-centenaire que Godichonos avait emporté renseigna au plaisir les Bellettriens sur cet édifice vieux de quinze siècles.

Les joyeux compagnons se mirent ensuite en quête de bière et de viande pour se ragaillardir : il en fallait au moins autant après tant de culture. Quelques engueulades et de nombreux pas plus tard, ils étaient bien installés dans les venelles, à côté de Turcs jouant au moultezim, version accélérée du trictrac ou l’on crie et l’on boit beaucoup… de thé. On leur servit alors d’étranges pains en forme de limaces géantes et autres joyeusetés qui réjouirent moult leurs ventres rebondis.  

Dans l’après-midi, le groupe se jeta à l’assaut de la fameuse Mosquée Bleue, plus récente que Sainte-Sophie. Ethnologue dans l’âme et même un rien colonialistes pour certains, les bellettriens s’émerveillèrent longuement des coutumes islamiques : la mosquée, plantée au sein de jardins, était une merveille d’architecture où minarets et colonnades se côtoyaient, entourée de bassins où les fidèles pouvaient se laver. On décida de visiter, nos chaussures à la main, dans un sac en plastique. On dut laisser Geek à l’extérieur pour des raisons qui n’intéresseraient pas le lecteur. L’intérieur du monument était recouvert de riches tapis et des lustres gargantuesques frôlaient nos crânes. Que dire de l’odeur ? C’était un mélange d’appartement hippie et de fabrique d’emmental. En d’autres mot cela « sentait fort » l’encens et les pieds. Finalement un appartement hippie suffirait peut-être à décrire l’odeur. Mais bref, à cet endroit la chronique mentionne que le Sieur Godichonos accusa un trou à ses chaussettes.

Après cette visite, le groupe se reforma à l’extérieur. Certains partirent s’abandonner aux délices du Hamam, en éclaireurs disaient-ils, les autres discutèrent encore dans le jardin. Pisse-Gode se fit violer par un chameau, Sam avait une couille qui dépassait, des enfants indigènes agressèrent le Geek, se moquant de lui en turc et lui jetant de vieux mouchoirs usagés. Devant de telles calamités, prenant leur survie en main, un groupe de bellettriens plus aventureux que les autres et dont votre serviteur était, s’enfonça dans les bas quartiers à la recherche de chips et de biscuits. Ils purent alors contempler la mer, esquiver la chute de façades en ruine, tenter d’acquérir une enclave comme local-ambassade, enfin ils échappèrent de justesse à une horde d’enfants drogués au white spirit. On se rendit alors dans le quartier du Grand Bazar qui fut exploré de long en large. Boat-Picole acheta une véritable bourse Ugobouze ornée de véritables poils de cul de chameau.

Les Bellettriens s’étaient donné rendez-vous dans un bar installé au milieu d’un cimetière, histoire de s’amuser un brin. Ils y commandèrent d’incroyables cafés turcs, réalisés à la braise, ainsi qu’un gigantesque narguilé qui les impressionna par la richesse de sa fumée. L’endroit semblait servir de lieu de réunion aux truands locaux, l’accès de certaines pièces fut en effet refusé aux sémillants Neuchâtelois. Épuisés par toutes ces aventures et passablement shootés par le tabac, les Belllettriens regagnèrent leurs pénates avant que Sarkozy ne vende sa déf’ au grand Bazar.

Les compagnons découvrirent alors que leur hôtel possédait une terrasse sur son toit. On s’y installa donc autour d’une bière fraîche. Le spectacle de la mer et des ruines de Constantinopolis, le vent du large et le chant plaintif du muezzin acheva de charmer l’esprit de chacun.

Mais il fut bientôt temps de passer aux choses sérieuses ! Eramasma, Godichonos et Sam partirent en éclaireur trouver la pitance. Les négociations durèrent deux heures et rameutèrent tous les serveurs de la rue. S’ensuivit fort heureusement un bon souper dans un petit restau où le vin coulait à flot ! Puis hop, on s’affala sur un divin divan, des shisha et de la bière à volonté. Pisse-Gode, accoutumé aux mœurs teutoniques  remarqua que seules manquaient les femmes. 

 Après bien des verres pris allongés dans la fumée, après avoir chanté la messe et célébré l’anniversaire de naissance de Veau-Mytho, le serveur emmena les Bellettriens dans une taverne au-delà de la mosquée bleue. La soirée se poursuivit au son d’artistes neuchâtelois et poètes chantant les vertus de l’arc-en-ciel (« oveur zeu rainbauw, sso hyy… ! ») Mais certains préférèrent retourner boire du mauvais vin dans leur lit. Godichonos brava sous nos yeux les forces de l’ordre et la circulation. Il courut longtemps pour échapper aux geôles turques mais le schéma des rues lui échappait et nous le vîmes obligé de faire de nombreux détours pour revenir jusqu’à nous.

 

Jour II : Où l’on découvre comment les Bellettriens rendirent visite au Sultan, traversèrent la Corne d’Or et sympathisèrent avec l’autochtone.

Le réveil s’avéra difficile ! Les Bellettriens partirent rendre visite au Sultan dans son palais, le Topkapé. Après avoir franchi la Sublime Porte, nous nous émerveillâmes devant le Grand Divan, puis nous observâmes avec toute la crédulité dont nous étions capables les moult épées des prophètes et le bâton qui servit à Moïse à ouvrir la mer rouge. En cet endroit, la Chronique rapporte qu’il serait désormais permis aux Bellettriens de jurer par la Barbe du Prophète, l’ayant vue de leurs yeux. Enfin elle précise que les jeunes gens restèrent longtemps à errer dans les jardins du Grand Turc, probablement perdus.

Après cela, ils se restaurèrent d’un Kebap abominablement simple chez un vieux moustachu pervers, et jurèrent par la Barbe du Prophète récemment mirée qu’ils n’y remettraient plus les pieds. Sam-le-aux-Bites découvrit un cabinet de toilettes probablement taillé par ses semblables : y accéder revenait à peu près à grimper dans une armoire. On se demanda si cela répondait aux normes européennes et tout le monde voulut essayer. Après cela les bellettriens se divisèrent en groupe selon l’état de leur cerveau. Certains allèrent s’oublier au sauna, d’autres retournèrent se coucher et enfin, un dernier groupe d’irréductible s’enfonça dans les entrailles de la terre pour visiter la fantasmagorique citerne basilique ! Quel spectacle ! Des carpes aveugles y glissaient contre des sculptures millénaires, si longtemps oubliées des hommes et recouvertes de mousse.

La journée s’achevant, les Bellettriens fixèrent à nouveau leur Stamm sur la terrasse de l’auberge. Votre serviteur lisait Ponchon et Verlaine, les poètes qui parlent d’Absinthe. L’expédition Sauna revint bientôt, rapportant que Fritte-Sel s’était « fait sauter par deux gros Turcs en rut », ayant profité de la vapeur pour camoufler leur approche. C’est du moins ce que rapporte la Chronique. Veau-Mytho, lui, contre toutes attentes et en dépit du fait que ce fût son anniversaire, ne s’était pas fait draguer une seule seconde. Bien au contraire, il s’était fait réprimandé car il se jetait des bassins d’eau sur la tête, debout et tout nu, alors que la tradition veut qu’on procède assis et habillé de son linge. Sans doute que ce qui choqua autant les Ottomans présent fut la vue d’un corps si glabre. Le lecteur souhaitera peut-être savoir que, tandis que cette Chronique s’écrivait, Sam explosa le haut-parleur de la terrasse avec une finesse toute relative. Il faut préciser qu’il avait déjà déchiré ses draps l’autre nuit... Pourtant le brave aubergiste ramassa les restes et ne protesta même pas. Il est toutefois probable qu’il n’en pensait pas moins. Aussi, pour faire diversion, Sarkozy organisa immédiatement un combat de reine aux échecs valaisans. La Chronique ajoute encore ce dialogue, surréaliste parmi tant d’autres : «  - Mais qu’est-ce qu’il a dans le dos ? / - C’est une tache de gras ?!! / - Mais non, c’est une boîte à thé ! »  Le manuscrit ne le précise pas, mais il est certain qu’au moins un Geek  et un Godichonos étaient impliqués dans un tel échange ! Aucun des deux ne fut blessé, fort heureusement.

Les Bellettriens s’entassèrent ensuite dans deux taxis qui les emmenèrent au nord de la Corne d’Or, par-delà le pont de Galata. Veau-Mytho était fort heureux de la promiscuité générée. Les frères de couleur visitèrent le quartier moderne et jetèrent enfin notre dévolu sur un petit bistrot dans la vitrine duquel une vieille grand-mère turc pétrissait son propre pain, ajoutant quelques poils et crachats de-ci, de-là. Ils mangèrent comme des rois d’immenses plats de grillades accompagnés de nombreux amuses-bouches et de vin rose, ce qui irrita fortement le sieur Godichonos « I sayd Rosé, notte Pinke, you jeurk ! ». Comme les tenanciers refusaient de servir davantage de boissons « nomor iz inkludid » dixit, les bellettriens s’enfuirent et se mirent à errer dans les quartiers de Galatasaray. Personne ne pourrait dire comment mais ils terminèrent dans des ruelles remplies de terrasses sur plusieurs étages où les Stambouliotes faisaient la fête. Certains se joignirent aux danses traditionnelles et cherchèrent même à communiquer avec l’autochtone à propos des sœurs de certains « yukandanz, beutfeukis… ». Tous nous ignorons encore où ce lieu magique peut se trouver. La vue de certains daguerréotypes nous renseigne sur le nom énigmatique d’une rue : Aydogdu bayan Terzisi, à moins que cela ne renseigne le touriste qu’il est interdit de se baigner avec trois zizis… Le groupe rentra finalement en taxi à 120 km/h.

 

Jour III : Où l’on découvre comment Eramasma découvrit un beau mur et comment s’acheva la plus incroyable des soirées de ce voyage.

Encore un réveil difficile, le petit-déjeuner se prit sur la terrasse après une grasse matinée comateuse. Les plus agiles dérobèrent leur fromage aux moins frais. Après avoir pris le soleil en chantant le destin de Margaux, les Bellettriens entamèrent une longue marche, du rivage de la mer de Marmara à la Corne d’Or. Quelle poésie dans ces noms ! Les Bellettriens furent bientôt séduits par la posture si naturelle de la statue d’Ata Türk qu’ils tentèrent aussitôt d’imiter. Ensuite, après avoir contemplé les pêcheurs du pont de Galata, ils s’enfonçèrent dans le légendaire Bazar Égyptien. On y négocia les thés d’orient, les épices parfumées et les lukums juteux. Le groupe se mit ensuite en route pour la mosquée de Suleman le magnifique, non sans avoir mangé dans un fast-kebap des plus répugnants. Enfin, ils se perdirent dans les petites rues, où l’on rit beaucoup (sans doute un enchantement des mille et une nuits), où l’on rencontra d’autres mosquées qui traînaient, et où l’on marcha trois heures avant d’arriver devant une mosquée en travaux… Eramasma, qui s’y connaît, trouva que c’était « du beau mur ». En outre, tous furent choqués de voir que dans ce pays, les chats n’avaient aucune éducation et copulaient dans les cimetières au vu et au su de tous. Tous, à l’exception d’Eramasma, à qui l’événement eut l’heur de plaire fortement.

Votre serviteur fit ensuite un détour par le sauna, en compagnie d’autres bellettriens. L’établissement recommandé se situait dans de petites rues peu recommandables. À l’arrivée on n’y trouva que deux ou trois vieux turcs en train de boire le thé et de regarder la télé et, ce, vêtus uniquement d’une petite serviette. Il n’empêche que tout cela fut fort chaud et fort humide…

Après toutes ces aventures, la soirée s’annonçait sympathique et tranquille. Après un bon souper, les bellettriens remontaient sur la terrasse de l’hôtel. De là, ils contemplaient Marmara de nuit, buvaient de la bière et fumaient la shisha en devisant gaiement, énonçant leurs projets pour le lendemain. Virgile aurait dit Bibant obscuri sola sub nocte et en un mot ils rêvaient à leur voyage sublime, dans un moment d’auto-satisfaction bellettrienne, en contemplant l‘étoilé du ciel et les lumières fugaces des avions.

Or donc, la soirée s’annonçait sympathique et tranquille. Il surgit pourtant un doute dans les esprits embrumés et l’on vérifia, sans toutefois trop y croire, la date du billet de retour... Un simple doute… Un simple doute qui révéla pourtant que l’avion partait dans deux heures, ce qui laissait environ vingt minutes pour plier bagage et sauter dans une navette !!!

Godichonos dévala les escaliers avec une remarquable agilité pour sa qualité de Godichonos, négocia l’affaitement de ladite navette avec l’aubergiste, lui laissant la nuit payée d’avance. Le brave tenancier regarda les Bellettriens avec un air médusé. « You ar totalykrazy, totalykrazy » furent ses dernières paroles qui résonnèrent dans la nuit. Quant au pauvre Pisse-Gode, qui avait un billet différé, ses compagnons lui glissèrent le reste de leur argent liquide, lui administrèrent une bonne tape dans le dos puis l’abandonnèrent sans remords à son destin au bord de la route !

Une fin toute bellettrienne à un extra limines tout bellettrien !

AOI

Ainsi se termine la geste que Sam-le-aux-Bites fit.

 

Mise à jour le Lundi, 22 Novembre 2010 23:03
 
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